« Côté cour » et « côté jardin » : les deux expressions fleurent le bon vieux jargon de professionnel et le nouveau venu sur les planches, lorsqu’il maîtrise bien leur signification, se sent déjà initié au sein de la grande fraternité du théâtre. À vrai dire, aujourd’hui, on dit plus simplement « à cour » ou « à jardin ». Dans les théâtres anglo-saxons, on emploie prosaïquement l’expression « prompt side » (côté régie) pour « cour » et « opposite prompt side » pour jardin.

La cour et le jardin dont il est question ne sont autres que la cour du Carrousel et le jardin des Tuileries entre lesquels se trouvait le théâtre des Tuileries, l’un des plus grands d’Europe, puisqu’à sa construction (on l’appelait alors « Salle des Machines »), il pouvait accueillir, dit-on, plus de 6000 spectateurs (à titre de comparaison, l’Opéra Bastille ne propose que 2703 places). C’est dans ce théâtre que fut créé en 1775 « Le Barbier de Séville » de Beaumarchais. Faisant partie du palais des Tuileries, cette salle prestigieuse, qui abrita la Convention, fut incendiée en 1871.

À l’époque, il n’est question ni de cour ni de jardin, mais de « coin du Roi » (jardin) et de « Coin de la Reine » (cour). La Révolution ayant rendu ces appellations suspectes et furieusement politiquement incorrectes, on se référa plus prudemment à la disposition des lieux.

Et c’est pourquoi « jardin » est toujours à gauche en regardant la scène, et « cour » toujours à droite.